{"id":357,"date":"2026-01-17T09:30:00","date_gmt":"2026-01-17T09:30:00","guid":{"rendered":"https:\/\/www.andrew-photographic-project.be\/?p=357"},"modified":"2025-12-29T07:30:22","modified_gmt":"2025-12-29T07:30:22","slug":"%f0%9f%94%8d-regarder-autrement-pourquoi-loeil-doit-desapprendre","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.andrew-photographic-project.be\/?p=357","title":{"rendered":"&#x1f50d; Regarder autrement : pourquoi l\u2019\u0153il doit d\u00e9sapprendre"},"content":{"rendered":"\n<figure class=\"wp-block-image size-large is-resized\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"683\" src=\"https:\/\/www.andrew-photographic-project.be\/wp-content\/uploads\/2025\/12\/06-1024x683.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-358\" style=\"aspect-ratio:1.4992860651486386;width:540px;height:auto\" srcset=\"https:\/\/www.andrew-photographic-project.be\/wp-content\/uploads\/2025\/12\/06-1024x683.jpg 1024w, https:\/\/www.andrew-photographic-project.be\/wp-content\/uploads\/2025\/12\/06-300x200.jpg 300w, https:\/\/www.andrew-photographic-project.be\/wp-content\/uploads\/2025\/12\/06-768x512.jpg 768w, https:\/\/www.andrew-photographic-project.be\/wp-content\/uploads\/2025\/12\/06-1536x1024.jpg 1536w, https:\/\/www.andrew-photographic-project.be\/wp-content\/uploads\/2025\/12\/06-2048x1366.jpg 2048w, https:\/\/www.andrew-photographic-project.be\/wp-content\/uploads\/2025\/12\/06-1140x760.jpg 1140w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><\/figure>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La photographie moderne est satur\u00e9e. Satur\u00e9e d\u2019images parfaites, satur\u00e9e de presets, satur\u00e9e de recettes. On apprend \u00e0 \u201cbien voir\u201d avant m\u00eame d\u2019avoir appris \u00e0 <strong>voir tout court<\/strong>.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Or, regarder n\u2019est pas voir.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Voir, c\u2019est accepter que l\u2019image nous \u00e9chappe. C\u2019est laisser une place \u00e0 l\u2019erreur, au doute, \u00e0 l\u2019inconfort. L\u2019\u0153il curieux n\u2019est pas un \u0153il qui ma\u00eetrise : c\u2019est un \u0153il qui <strong>questionne<\/strong>.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">John Berger l\u2019\u00e9crivait d\u00e9j\u00e0 dans <em>Ways of Seeing<\/em> :<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u00ab Seeing comes before words. The child looks and recognizes before it can speak. \u00bb<\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Revenir \u00e0 cette na\u00efvet\u00e9 visuelle, ce n\u2019est pas r\u00e9gresser. C\u2019est r\u00e9sister.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">R\u00e9sister \u00e0 la standardisation visuelle, \u00e0 l\u2019algorithme qui dicte ce qui m\u00e9rite d\u2019\u00eatre vu, aim\u00e9, partag\u00e9. \u00catre photographe aujourd\u2019hui, ce n\u2019est plus seulement produire des images : c\u2019est <strong>choisir ce que l\u2019on refuse de montrer<\/strong>.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">&#x1f4f7; L\u2019imperfection comme langage photographique<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La nettet\u00e9 n\u2019est pas une valeur morale.<br>Le flou n\u2019est pas une faute.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Pendant des d\u00e9cennies, la photographie a \u00e9t\u00e9 obs\u00e9d\u00e9e par la performance technique. Objectifs plus piqu\u00e9s, capteurs plus d\u00e9finis, autofocus plus rapide. Mais \u00e0 force de vouloir tout ma\u00eetriser, on a parfois vid\u00e9 l\u2019image de sa respiration.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le flou, le grain, le boug\u00e9, la surexposition l\u00e9g\u00e8re racontent autre chose :<br>le <strong>temps<\/strong>, la <strong>fragilit\u00e9<\/strong>, l\u2019instant qui glisse.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Des photographes comme <strong>Daido Moriyama<\/strong>, <strong>Antoine d\u2019Agata<\/strong>, ou encore <strong>Sarah Moon<\/strong> ont construit une \u0153uvre enti\u00e8re sur cette id\u00e9e : l\u2019image n\u2019est pas l\u00e0 pour expliquer, mais pour <strong>faire ressentir<\/strong>.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Susan Sontag, dans <em>On Photography<\/em>, posait d\u00e9j\u00e0 cette tension :<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u00ab Photographs objectify: they turn an event or a person into something that can be possessed. \u00bb<\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L\u2019imperfection, paradoxalement, redonne de la libert\u00e9 au sujet photographi\u00e9. Il \u00e9chappe. Il r\u00e9siste.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">&#x1f9ed; Photographe moderne : entre lenteur et urgence<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Nous vivons une contradiction permanente.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">D\u2019un c\u00f4t\u00e9, tout va trop vite.<br>De l\u2019autre, l\u2019image demande du temps.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le photographe moderne est pris entre l\u2019urgence de produire et le besoin de ralentir. Entre le flux continu des r\u00e9seaux sociaux et le d\u00e9sir de construire une \u0153uvre qui tienne dans le temps.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La lenteur n\u2019est plus une nostalgie romantique. Elle devient un <strong>acte politique<\/strong>.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Travailler en s\u00e9rie, revenir plusieurs fois au m\u00eame lieu, accepter que certaines images ne servent \u00e0 rien imm\u00e9diatement : voil\u00e0 ce qui forge une \u00e9criture visuelle.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le st\u00e9nop\u00e9, l\u2019argentique, ou m\u00eame une pratique num\u00e9rique volontairement contrainte sont des r\u00e9ponses possibles. Pas des dogmes. Des outils pour <strong>reprendre le contr\u00f4le du regard<\/strong>.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Comme le disait Henri Cartier-Bresson :<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u00ab Photographier, c\u2019est mettre sur la m\u00eame ligne de mire la t\u00eate, l\u2019\u0153il et le c\u0153ur. \u00bb<\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Cette ligne de mire demande du silence.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">&#x1f9e0; Construire une pens\u00e9e visuelle (et pas juste un portfolio)<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Un portfolio peut \u00eatre beau sans \u00eatre profond.<br>Une image peut \u00eatre forte sans \u00eatre isol\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ce qui fait la diff\u00e9rence, aujourd\u2019hui, c\u2019est la <strong>pens\u00e9e visuelle<\/strong> derri\u00e8re les images. Pourquoi cette photo existe ? Pourquoi maintenant ? Pourquoi de cette mani\u00e8re-l\u00e0 ?<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Un projet photographique n\u2019est pas une accumulation. C\u2019est une <strong>prise de position<\/strong>.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Roland Barthes parlait du <em>punctum<\/em>, ce d\u00e9tail qui nous transperce. Mais le <em>punctum<\/em> ne se programme pas. Il \u00e9merge quand le photographe est align\u00e9 avec son intention.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u00c9crire, lire, regarder le travail des autres, se confronter \u00e0 la critique : tout cela fait partie int\u00e9grante du m\u00e9tier, m\u00eame \u2014 et surtout \u2014 pour un photographe amateur.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L\u2019\u0153il curieux ne se contente pas de produire. Il <strong>analyse<\/strong>, <strong>doute<\/strong>, <strong>recommence<\/strong>.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">&#x270d;&#xfe0f; Conclusion provisoire (parce qu\u2019un regard n\u2019est jamais termin\u00e9)<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ce premier article n\u2019apporte pas de recette. Et c\u2019est volontaire.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La photographie moderne n\u2019a pas besoin de nouvelles r\u00e8gles, mais de regards honn\u00eates. Des regards qui acceptent l\u2019imperfection, la lenteur, la subjectivit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u00catre photographe aujourd\u2019hui, ce n\u2019est pas \u00eatre \u00e0 la pointe de la technologie.<br>C\u2019est \u00eatre \u00e0 l\u2019\u00e9coute de ce qui tremble.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Et l\u2019\u0153il curieux, lui, ne cherche pas \u00e0 conclure.<br>Il continue de regarder.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong><em>Andrew&rsquo;s Project<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>La photographie moderne est satur\u00e9e. Satur\u00e9e d\u2019images parfaites, satur\u00e9e de presets, satur\u00e9e de recettes. On apprend \u00e0 \u201cbien voir\u201d avant m\u00eame d\u2019avoir appris \u00e0 voir tout court. Or, regarder n\u2019est pas voir. Voir, c\u2019est accepter que l\u2019image nous \u00e9chappe. C\u2019est laisser une place \u00e0 l\u2019erreur, au doute, \u00e0 l\u2019inconfort. L\u2019\u0153il curieux n\u2019est pas un \u0153il qui ma\u00eetrise : c\u2019est un \u0153il qui questionne. John Berger l\u2019\u00e9crivait d\u00e9j\u00e0 dans Ways of Seeing : \u00ab Seeing comes before words. The child looks and recognizes before it can speak. \u00bb Revenir \u00e0 cette na\u00efvet\u00e9 visuelle, ce n\u2019est pas r\u00e9gresser. C\u2019est r\u00e9sister. R\u00e9sister \u00e0 la standardisation visuelle, \u00e0 l\u2019algorithme qui dicte ce qui m\u00e9rite d\u2019\u00eatre vu, aim\u00e9, partag\u00e9. \u00catre photographe aujourd\u2019hui, ce n\u2019est plus seulement produire des images : c\u2019est choisir ce que l\u2019on refuse de montrer. &#x1f4f7; L\u2019imperfection comme langage photographique La nettet\u00e9 n\u2019est pas une valeur morale.Le flou n\u2019est pas une faute. 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Il r\u00e9siste. &#x1f9ed; Photographe moderne : entre lenteur et urgence Nous vivons une contradiction permanente. D\u2019un c\u00f4t\u00e9, tout va trop vite.De l\u2019autre, l\u2019image demande du temps. Le photographe moderne est pris entre l\u2019urgence de produire et le besoin de ralentir. Entre le flux continu des r\u00e9seaux sociaux et le d\u00e9sir de construire une \u0153uvre qui tienne dans le temps. La lenteur n\u2019est plus une nostalgie romantique. Elle devient un acte politique. Travailler en s\u00e9rie, revenir plusieurs fois au m\u00eame lieu, accepter que certaines images ne servent \u00e0 rien imm\u00e9diatement : voil\u00e0 ce qui forge une \u00e9criture visuelle. Le st\u00e9nop\u00e9, l\u2019argentique, ou m\u00eame une pratique num\u00e9rique volontairement contrainte sont des r\u00e9ponses possibles. Pas des dogmes. Des outils pour reprendre le contr\u00f4le du regard. Comme le disait Henri Cartier-Bresson : \u00ab Photographier, c\u2019est mettre sur la m\u00eame ligne de mire la t\u00eate, l\u2019\u0153il et le c\u0153ur. \u00bb Cette ligne de mire demande du silence. &#x1f9e0; Construire une pens\u00e9e visuelle (et pas juste un portfolio) Un portfolio peut \u00eatre beau sans \u00eatre profond.Une image peut \u00eatre forte sans \u00eatre isol\u00e9e. Ce qui fait la diff\u00e9rence, aujourd\u2019hui, c\u2019est la pens\u00e9e visuelle derri\u00e8re les images. Pourquoi cette photo existe ? Pourquoi maintenant ? Pourquoi de cette mani\u00e8re-l\u00e0 ? Un projet photographique n\u2019est pas une accumulation. C\u2019est une prise de position. Roland Barthes parlait du punctum, ce d\u00e9tail qui nous transperce. Mais le punctum ne se programme pas. Il \u00e9merge quand le photographe est align\u00e9 avec son intention. \u00c9crire, lire, regarder le travail des autres, se confronter \u00e0 la critique : tout cela fait partie int\u00e9grante du m\u00e9tier, m\u00eame \u2014 et surtout \u2014 pour un photographe amateur. L\u2019\u0153il curieux ne se contente pas de produire. Il analyse, doute, recommence. &#x270d;&#xfe0f; Conclusion provisoire (parce qu\u2019un regard n\u2019est jamais termin\u00e9) Ce premier article n\u2019apporte pas de recette. Et c\u2019est volontaire. La photographie moderne n\u2019a pas besoin de nouvelles r\u00e8gles, mais de regards honn\u00eates. Des regards qui acceptent l\u2019imperfection, la lenteur, la subjectivit\u00e9. \u00catre photographe aujourd\u2019hui, ce n\u2019est pas \u00eatre \u00e0 la pointe de la technologie.C\u2019est \u00eatre \u00e0 l\u2019\u00e9coute de ce qui tremble. Et l\u2019\u0153il curieux, lui, ne cherche pas \u00e0 conclure.Il continue de regarder. 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